Le site vu depuis l'est. Un donjon roman devenu châtelet, les ruines du château (château fort du XIVe siècle devenu la demeure Renaissance des Bohier), le long bâtiment du XVIe siècle dans la basse-cour, le tout ceint d'une douve sèche taillée dans le plateau. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Châtelet : donjon du XIIe remanié au XVIe
- 2Ruines du château des Bohier
- 3Long bâtiment du XVIe (toits d'ardoise)
- 4Mur d'enceinte de la haute cour, douve sèche au pied
- 5Cour d'honneur (pelouses et topiaires)
- 6La plaine du Loudunais : vue dégagée, aucun relief défensif
Mode d'emploi
- Parcours : cour d'honneur → douve sèche (sens des aiguilles d'une montre) → pont-levis → châtelet (couloir, salle des cartes, salle des portraits) → retour cour d'honneur.
- Le texte courant se lit à voix haute. Les encadrés 🚶 (itinéraire) et ⚠️ (sécurité) sont pour vous.
- Version de base : 12 à 14 minutes de parole, soit 15 à 17 minutes avec les déplacements. Pour tenir le quart d'heure, sauter le deuxième paragraphe sur Jehan Escoubleau (étape 4).
- Les paragraphes marqués ➕ sont optionnels : en les ajoutant tous, on atteint ou dépasse 15 minutes, donc n'en choisir que quelques-uns. L'annexe D contient d'autres anecdotes si le groupe pose des questions.
Sur les photos, touchez un numéro pour lire son étiquette ; la liste sous chaque photo reprend tous les repères.
0Accueil devant le portail30 s
Bonjour à tous, et bienvenue au château de la Chapelle-Bellouin. Vous êtes dans une propriété privée, habitée, qui se visite en juillet et en septembre, du lundi au vendredi, et bien sûr pendant les Journées du Patrimoine. La visite dure un quart d'heure, en grande partie en extérieur, y compris au fond des douves.
Le point de départ : le portail Renaissance ouvert dans le mur de clôture, côté route. Derrière, la cour d'honneur, le châtelet et les hautes ruines ; à gauche, le long bâtiment habité. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Portail : point de départ de la visite
- 2Mur de clôture de la cour d'honneur
- 3Cour d'honneur (pelouses, topiaires)
- 4Châtelet : le donjon du XIIe siècle
- 5Ruines du château des Bohier
- 6Long bâtiment du XVIe, toujours habité
- 7Dépendance (toit de tuiles)
- 8Le plateau : aucune défense naturelle
Vous allez voir quatre châteaux en un : un donjon du XIIe siècle, un château fort du XIVe, la demeure Renaissance qu'en a faite, à partir de 1512, Henri Bohier, le frère aîné du bâtisseur de Chenonceau, et le long bâtiment élevé dans la basse-cour dans la foulée, qui est toujours habité. Le tout ruiné par un tremblement de terre, oublié pendant deux siècles, puis relevé pierre à pierre par deux familles de passionnés. Suivez-moi.
1La cour d'honneur3 min
Regardez autour de vous. Nous sommes au nord du Poitou, à dix kilomètres de Loudun et douze de Richelieu, en haut du plateau : d'ici, la vue porte loin sur la plaine, c'est un excellent poste d'observation. Mais pas de rivière, pas d'escarpement : aucune défense naturelle. Tout ce que vous voyez de défensif a été fait de main d'homme.
Devant vous, la grande bâtisse à contreforts : c'est le châtelet d'entrée. Il vous cache l'essentiel. Derrière lui s'ouvre une cour fermée de murs, la haute cour, avec les ruines du château proprement dit et ses hautes tours : c'était la demeure des Bohier. D'ici, on ne les voit pas ; nous les découvrirons dans un instant, depuis le fond de la douve sèche qui entoure l'ensemble et qu'un pont-levis franchit. Enfin, à votre gauche, adossé au rempart, le long bâtiment du XVIe siècle. Il a gardé son toit et est toujours habité : ce n'est pas le château, mais une construction un peu plus tardive de la basse-cour. Nous finirons la visite devant lui.
« Regardez autour de vous » : ce que le groupe a sous les yeux depuis le milieu de la cour, vu d'un peu plus haut. Le long bâtiment à gauche, le châtelet au centre, la dépendance et le mur de clôture côté route. Les tours ruinées derrière le châtelet n'apparaissent qu'en hauteur : depuis la cour, il les cache. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Long bâtiment du XVIe : façade sur la cour
- 2Châtelet d'entrée
- 3Pont-levis : la douve passe devant le châtelet
- 4Ruines du château des Bohier
- 5Cour d'honneur
- 6Mur de clôture le long de la route
- 7Dépendance
- 8Plaine du Loudunais, pays plat
Un peu d'histoire. Le donjon, devant vous, date du XIIe siècle. C'était d'abord une tour d'observation, qui devait ressembler aux grandes tours de Loudun et de Moncontour, ses contemporaines : imaginez-le deux fois plus haut qu'aujourd'hui, dominant toute la plaine. Il a sans doute été élevé pour les comtes d'Anjou, peut-être Geoffroy Plantagenêt, le père d'Henri II d'Angleterre. Nous sommes alors à la frontière entre les Plantagenêts et le roi de France, dans une région hérissée de places fortes : de là-haut, on se surveillait de loin.
Au XIVe siècle, on bâtit à côté du donjon un vrai château fort, rectangulaire, flanqué de tours rondes : les deux grosses tours au fond, à gauche, en sont. Le vieux donjon est alors sans doute étêté, rabaissé de moitié, et devient la porte fortifiée du château.
Trois époques dans un seul bâtiment : le donjon roman (la masse, les contreforts), le château fort du XIVe siècle (les tours ruinées derrière), et la demeure Renaissance des Bohier, à partir de 1512 (les grandes fenêtres à meneaux). Le long bâtiment de la basse-cour, à gauche, est la quatrième étape. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Donjon du XIIe siècle : murs de deux mètres, contreforts plats
- 2Château fort du XIVe : tours ruinées derrière le châtelet
- 3Fenêtres à meneaux (vers 1512)
- 4Terrasse : toiture disparue en 1711
- 5Porte charretière et pont-levis
- 6Long bâtiment du XVIe (basse-cour)
- 7Mur d'enceinte de la haute cour
- 8Douve sèche (fossé engazonné)
- 9La plaine : poste d'observation, aucune défense naturelle
Puis vient le grand tournant. En 1512, le château est acheté par Henri Bohier, receveur général des finances du roi. Son frère cadet, Thomas Bohier, achète Chenonceau la même année, et leur parent Gilles Berthelot construit Azay-le-Rideau. Ce sont les « financiers bâtisseurs » : des fils de gros marchands, immensément riches, qui rêvent de noblesse. Nous sommes juste après Marignan, c'est la première Renaissance française.
Mais Henri Bohier fait un choix étonnant. Au lieu de tout raser, il garde le donjon, les tours et les douves, et il transforme le château fort en demeure Renaissance : un grand logis seigneurial sur les murs médiévaux, avec de larges fenêtres à meneaux, des lucarnes sculptées, des voûtes à caissons. C'est cette demeure que vous voyez en ruine à gauche. Pourquoi garder le vieux château ? Parce qu'un anobli de fraîche date a tout intérêt à habiter un château qui a l'air vieux. C'est ce qui fait la valeur de la Chapelle-Bellouin : elle est considérée comme le premier exemple en France d'un château médiéval transformé en demeure Renaissance.
➕ option L'histoire finit mal pour les financiers, qui confondaient un peu trop les caisses du roi et les leurs. En 1527, le surintendant Semblançay est pendu à Montfaucon. En 1529, Henri Bohier est arrêté, condamné à mort, gracié, mais frappé d'une amende de deux cent mille livres. La Chapelle-Bellouin passe au roi, comme Chenonceau et Azay-le-Rideau. François Ier va l'offrir à un fidèle, dont nous parlerons dans le châtelet.
Descendons dans les douves pour prendre la mesure de la forteresse.
2Le tour des douves3 min
Vous êtes au fond de la douve sèche. Elle fait une douzaine de mètres de large, creusée dans le plateau calcaire. La pierre extraite ici a servi à monter les murs : on a fait d'une pierre deux coups, le fossé et le château. Regardez la base des tours : elle est taillée dans le roc lui-même. Le château est posé sur son socle.
Le château vu de l'extérieur, côté nord-est : les deux grosses tours du château fort du XIVe siècle, et la douve sèche qui contourne tout l'ensemble. C'est le fond de ce fossé que parcourt le groupe. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Façade nord-est : les deux tours du château fort (XIVe)
- 2Base des tours taillée dans le roc
- 3Douve sèche, une douzaine de mètres de large
- 4Douve sèche, de l'autre côté
- 5Terrasse du châtelet (drapeaux)
- 6Long bâtiment du XVIe
➕ option D'ici, on est à la place de l'assaillant, et tout est fait pour lui compliquer la vie. Le pied des tours s'évase en pente : cet épaississement résiste au bélier et à la sape, et empêche d'appuyer une échelle contre le mur. On dit aussi que les pierres lâchées du haut y rebondissaient vers l'attaquant. Et ces fentes étroites au ras du fossé sont des meurtrières : l'archer voyait tout le fond de la douve, vous n'aviez presque aucune chance de le toucher.
En bas, les belles pierres de parement manquent et l'on voit le blocage intérieur. Ce n'est pas l'usure : après l'abandon, le site a servi de carrière, et on a démonté ce qui était le plus facile à atteindre.
Levez les yeux. Ces grands pans de murs donnent la hauteur de la demeure des Bohier et, par endroits, la pente de son toit. Tout en haut de la tour d'angle, au nord-ouest, une pièce de bois encastrée : c'est un reste de hourd, la charpente qui portait le chemin de ronde en surplomb. Et dans ces murs médiévaux, des morceaux d'encadrements de fenêtres sculptés : ce sont les grandes baies percées à la Renaissance.
➕ option Regardez aussi les contreforts plats du châtelet. L'un d'eux renferme un conduit sur toute la hauteur, qui débouche sur la douve : ce sont tout simplement les latrines du donjon.
Le château s'arrête à cette deuxième tour ronde. Ensuite commence le mur d'enceinte de la haute cour. Un couloir était aménagé dans son épaisseur : on en voit encore la voûte. À l'angle, une tourelle carrée, puis le mur file en belles pierres appareillées jusqu'au châtelet.
Le côté sud-est, la fin du parcours dans la douve : « le château s'arrête à cette deuxième tour ronde, ensuite commence le mur d'enceinte de la haute cour », qui file jusqu'au châtelet. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Châtelet, côté sud-est
- 2Long bâtiment du XVIe, derrière
- 3Mur d'enceinte de la haute cour
- 4Tour ronde : « le château s'arrête ici »
- 5Ruines du château des Bohier
- 6Douve sèche
- 7Dépendance de la cour d'honneur
Vous voyez des ouvertures dans la contrescarpe : des salles ont été creusées dans le tuffeau, sous les douves. Pas de souterrain secret : ces caves à température constante servaient de garde-manger, avec un puits de trente mètres au revers du châtelet. Les cuisines en sous-sol ont été dégagées par les propriétaires en 1982.
➕ option C'est dans l'une de ces caves que se lit la catastrophe du 6 octobre 1711 : un tremblement de terre secoue le Loudunais, avec des répliques pendant cinq jours. La roche y est fracturée, décalée de dix centimètres. Ce jour-là, les hautes tours, les cheminées et les toits s'effondrent. Le châtelet perd sa couverture, mais ses voûtes, posées sur les murs épais du donjon, résistent.
En arrivant sous le châtelet, regardez tout en haut les corbeaux sculptés : ils portaient les mâchicoulis, d'où l'on jetait des projectiles sur les assaillants.
Les consoles sculptées en haut des murs : elles portaient les mâchicoulis et, ici, une échauguette d'angle. C'est ce que l'on montre « tout en haut » en arrivant sous le châtelet. Extrait du livre (chapitre 6, p. 102), photo de l'auteur.
- 1Consoles en encorbellement : support d'une échauguette d'angle
- 2Bel appareil de pierres de taille
3Devant le pont-levis1 min 30
Voici la partie la plus ancienne du château. Ce châtelet, c'est le donjon roman du XIIe siècle : une tour de dix-sept mètres sur douze, qui montait à vingt-cinq mètres, avec des murs de plus de deux mètres d'épaisseur. Ces contreforts plats qui montent sans décrochement sont la signature des donjons romans de l'Ouest, comme à Loudun ou Moncontour. Ils ne servent pas à épauler le mur : ils soulignent les lignes verticales et affirment le pouvoir du seigneur.
La façade que le groupe a devant lui au pont-levis : le donjon roman de 17 × 12 m, arasé au XIVe siècle et percé de fenêtres au XVIe. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1Porte charretière et pont-levis
- 2Bras et chaînes du pont-levis (rétabli après 1978)
- 3Fenêtres à meneaux percées vers 1512
- 4Contrefort plat : signature des donjons romans
- 5Consoles des mâchicoulis sous la terrasse
- 6Terrasse : toiture disparue en 1711
- 7Tour du château fort (XIVe)
- 8Enceinte de la haute cour et douve sèche
- 9Dépendance de la cour d'honneur
Au XIVe siècle, le donjon a été arasé et transformé en porte fortifiée : un front de vingt mètres, avec deux portes, la grande, charretière, et la petite, piétonne, chacune avec son pont-levis. Celui-ci a été rétabli par les propriétaires après 1978. Au sommet, les consoles portaient les mâchicoulis et le crénelage.
La même façade vue du sol, à l'époque du sauvetage. « Vieux guerrier encore valide, il a revêtu un nouveau costume et perdu sa mine renfrognée du Moyen Âge. » Extrait du livre (chapitre 6, p. 91), cliché Jean Barillé.
- 1Contreforts plats montant sans ressaut
- 2Porte charretière, pont-levis relevé
- 3Fenêtres à meneaux Renaissance
- 4Chaînes du pont-levis
- 5Parapet de la contrescarpe : la douve est derrière
Le mécanisme du pont-levis rétabli par les propriétaires : la poutre et ses chaînes. Photo ancienne, dossier LCB.
- 1Poutre et chaînes du pont-levis
- 2Contrefort plat du donjon
- 3Pignon et toit d'ardoise du long bâtiment
Et puis ces grandes fenêtres à meneaux, qui n'ont rien à faire dans un donjon roman : c'est Henri Bohier, dans les années 1510. Un historien a écrit de ce châtelet : « Vieux guerrier encore valide, il a revêtu un nouveau costume et perdu sa mine renfrognée du Moyen Âge. » Entrons.
4Le châtelet : couloir et salles de garde3 min 30
Nous sommes dans le couloir d'entrée, entre deux salles de garde. Levez les yeux : ces voûtes à caissons sculptés sont la grande surprise du château. Typiquement Renaissance, elles ont été posées bien après la construction, au XVIe siècle. Des voûtes de ce type, on n'en connaît pas d'autres en France.
Le blason répété trois fois est celui de Jehan Escoubleau de Sourdis, le seigneur qui a terminé les travaux. Vous vous souvenez que le château, confisqué à Henri Bohier, était revenu au roi. François Ier ne l'a pas vendu : il l'a donné à cet homme, entre 1534 et 1536, et a même érigé la seigneurie en comté pour lui. Un tel cadeau se mérite.
Jehan Escoubleau était maître de la garde-robe du roi, une charge qui le mettait auprès de lui tous les jours. Il venait d'une modeste famille noble de la région de Thouars, à trois heures de cheval d'ici. Et son éloge funèbre affirme qu'il a sauvé la vie de François Ier à la bataille de Pavie, en 1525, celle où le roi fut fait prisonnier. Vrai ou non, c'est ce que sa famille a voulu graver. Le château que vous visitez est peut-être le prix de cette journée-là.
Dans les autres caissons, trois lettres entrelacées et centrées : un O, un S, un T. Aucune ne vient en premier, alors chacun y lit ce qu'il veut. On y lit traditionnellement le mot « ost », le service armé que les vassaux devaient à leur seigneur, ce qui irait bien avec des salles de garde. Ce peut être aussi, plus simplement, le chiffre du maître des lieux et de son épouse, comme on en voit tant à la Renaissance.
Le bas des murs est très usé. Ce n'est pas le passage des visiteurs, c'est le vent, qui s'engouffre ici depuis des siècles et polit la pierre.
➕ option À l'étage, deux autres salles ont des voûtes semblables, aux caissons encore plus raffinés. Elles n'ont pas d'escalier : on n'y accédait que depuis le château accolé, aujourd'hui en ruine.
La salle des cartes. La voûte est grise : c'est la fumée de la cheminée. Les cartes en couleurs viennent d'atlas du XVIIe siècle. La carte en noir et blanc est celle de Cassini, au XVIIIe siècle, la première carte de France levée de façon scientifique.
Ici, les sculptures représentent Jehan Escoubleau de Sourdis, dont nous venons de voir le blason, et son épouse. En dessous, son fils aîné et sa femme, fidèles d'Henri IV. Ils ont recueilli et élevé leur nièce : Gabrielle d'Estrées, la célèbre favorite d'Henri IV, que le roi voulait faire reine de France. Vous la voyez en face, sur trois tableaux allégoriques de l'école de Fontainebleau. Ce sont des tableaux politiques : Gabrielle meurt brutalement en avril 1599, à la veille de son mariage, et quelques mois plus tard le roi promet le mariage à une autre maîtresse, Henriette d'Entragues, à condition qu'elle lui donne un fils.
Enfin, cette affiche : la vente aux enchères des biens de Richelieu, le 17 messidor an XIII, c'est-à-dire le 6 juillet 1805. Le cardinal avait acheté la Chapelle-Bellouin en 1637, cinq ans avant sa mort, sans doute sans jamais y venir. Ses héritiers ont tout vendu, et la Chapelle-Bellouin, pourtant en ruine, s'est vendue plus cher que le château de Richelieu avec son parc.
➕ option Au bout du couloir, jetez un œil vers la haute cour, sans y entrer. La haute tour comptait cinq niveaux ; sa salle basse garde une voûte gothique à six branches sur des culots Renaissance : c'était l'oratoire. Non loin, une petite salle dite « la prison », plutôt un poste de garde, a ses murs couverts de graffiti anciens : des personnages, une église, un moulin, des noms.
« Un œil vers la haute cour, sans y entrer » : la haute tour à cinq niveaux, les murs de la demeure des Bohier (le château fort du XIVe transformé en logis Renaissance), ruinés en 1711, et le mur d'enceinte avec son couloir. Photo aérienne (drone), septembre 2017.
- 1La haute tour à cinq niveaux : oratoire voûté au rez-de-chaussée
- 2Murs de la demeure des Bohier, ruinés en 1711
- 3Couloir dans l'épaisseur du mur d'enceinte (voûte visible depuis la douve)
- 4Haute cour : fermée au public (chutes de pierres)
- 5Douve sèche, côté sud-est
- 6Le village et la plaine
5Le long bâtiment et le sauvetage2 min
Un dernier regard sur le long bâtiment à gauche. Ce n'est pas le château des Bohier, qui est la ruine derrière le châtelet : c'est une construction un peu plus tardive du XVIe siècle, dans la basse-cour. On l'attribue le plus souvent aux Sourdis, qui ont succédé aux Bohier : des seigneurs terriens qui voulaient une demeure confortable, où stocker aussi les récoltes, plutôt que l'apparat un peu austère de la vieille forteresse. Soixante mètres de long, deux grandes salles voûtées superposées, un grenier de trente mètres sous les toits.
Le long bâtiment du XVIe siècle, façade sur la cour : les fenêtres à meneaux en croix et les lucarnes où se mêlent Renaissance et gothique finissant. Ce n'est pas le château des Bohier, mais la demeure plus tardive de la basse-cour. Photo ancienne, dossier LCB.
- 1Fenêtres à meneaux en croix
- 2Lucarnes des combles
- 3Soixante mètres de façade
Depuis le portail : « un dernier regard sur le long bâtiment à gauche ». Le long bâtiment, la dépendance et l'angle du châtelet. Photo ancienne, dossier LCB.
- 1Arc du portail Renaissance
- 2« Le long bâtiment à gauche » (XVIe, habité)
- 3Dépendance
- 4Angle du châtelet
- 5Topiaires de la cour d'honneur
➕ option Sur l'arrière, des meurtrières percées tardivement, sans doute pendant les guerres de Religion : la bataille de Moncontour, en 1569, s'est livrée à quelques kilomètres d'ici.
Le long bâtiment dominant le fossé, vu d'en bas : un bâtiment de seigneurs terriens, confortable, mais posé sur un vrai rempart. Photo ancienne, dossier LCB.
- 1Le long bâtiment du XVIe siècle
- 2Soubassement en gros blocs dominant le fossé
Après le séisme de 1711 et la vente de 1805, le château tombe dans l'oubli : une ferme, une carrière, des chèvres dans les ruines. Et puis, en 1978, une petite annonce paraît dans un journal local : « Ruines à vendre, en très mauvais état ». Un jeune couple, Jean et Anne-Marie Barillé, vient voir, et achète.
Avec des moyens limités, sans engin de chantier, aidés d'un seul maçon, Christian Galerne, ils déblaient, consolident, hissent à deux des poutres de deux tonnes. Leur règle : jamais de reconstruction, seulement consolider. Dès 1980, ils reçoivent le premier prix des Chefs-d'œuvre en péril, et le château est aujourd'hui classé monument historique.
Les propriétaires suivants ont repris la même règle et employé ce même maçon à plein temps pendant vingt-cinq ans. Au total, cet homme aura passé quarante ans de sa vie sur ces murs, pour deux familles successives. Le chantier s'est arrêté depuis. C'est à ces quarante années de travail que vous devez d'avoir pu marcher dans ces douves.
Merci de votre visite. Je reste à votre disposition pour vos questions.
Annexes
Annexe A — Repères chronologiques (mémo)
| Date | Événement |
|---|---|
| XIIe siècle | Donjon roman (tour-beffroi), sous les comtes d'Anjou, Foulques V puis Geoffroy Plantagenêt |
| XIVe siècle | Château fort rectangulaire à tours rondes (la haute cour) ; le donjon est arasé et devient châtelet d'entrée |
| milieu XIVe | Catherine Maillé vend à Simon de Cramaud (maître des requêtes de Charles VI, chancelier du duc de Berry) |
| 1448-1512 | Famille Velort, endettée |
| 1512 | Henri Bohier, receveur général des finances, acquiert le château et le transforme en demeure Renaissance ; Thomas Bohier achète Chenonceau |
| 1515 | Marignan, début de la première Renaissance française |
| 1518 | François Ier érige la Chapelle-Bellouin en châtellenie |
| 1527 | Semblançay pendu à Montfaucon |
| 1529 | Henri Bohier arrêté, condamné, gracié, amende de 200 000 livres ; confiscation |
| vers 1534-1536 | Don à Jehan Escoubleau de Sourdis, maître de la garde-robe ; érection en comté. Les Sourdis poursuivent les travaux (galerie, terrasse) et, selon le panneau Architecture, prolongent le long bâtiment de la basse-cour (que le livre leur attribue en entier) |
| 1569 | Bataille de Moncontour (guerres de Religion) |
| 1572 | Mort de Jehan de Sourdis |
| avril 1599 | Mort de Gabrielle d'Estrées |
| 1637 | Achat par Richelieu, rattachement au duché-pairie |
| 6 octobre 1711 | Tremblement de terre, effondrement des parties hautes |
| 6 juillet 1805 (17 messidor an XIII) | Vente aux enchères par le 5e duc de Richelieu |
| 1978 | Achat par Jean et Anne-Marie Barillé |
| 1980 | Premier prix des Chefs-d'œuvre en péril |
| Après les Barillé | Les propriétaires suivants poursuivent la consolidation, avec le même maçon employé à plein temps pendant vingt-cinq ans (quarante ans de chantier en tout) |
| 1982 | Dégagement des cuisines en sous-sol |
Annexe B — Chiffres utiles
- Donjon d'origine : 17 × 12 m, 24 à 25 m de haut, murs de 1,8 m à 2,5 m d'épaisseur. Arasé à environ 15 m au XIVe.
- Châtelet : front de 20 m, porte charretière et porte piétonne, chacune avec son pont-levis.
- Douves : environ 12 m de large. Puits de 30 m. Citerne non dégagée.
- Long bâtiment de la basse-cour (ouest) : 60 m de long, salles voûtées de 22 m et 17 m, grenier de 30 × 8 m.
- Distances : Loudun 10 km, Richelieu 12 km, Châtellerault 35 km, Poitiers 50 km, Tours 75 km, Angers 95 km.
Annexe C — Questions fréquentes
- Peut-on entrer dans les ruines de la haute cour ? Non, elle n'est pas ouverte au public à cause des chutes de pierres. Les parties ouvertes sont les douves, le châtelet et la basse-cour.
- Y a-t-il des souterrains ? Des salles troglodytes creusées sous les contrescarpes, des cuisines en sous-sol, un puits de 30 m et une citerne non dégagée. Pas de passage secret.
- Richelieu est-il venu ici ? Probablement jamais. On n'est même pas sûr qu'il ait mis les pieds dans le château qu'il s'est fait construire à Richelieu.
- Le pont-levis est-il d'origine ? Non, il a été rétabli par Jean Barillé. À l'origine il y en avait deux, un par porte.
- Que reste-t-il à l'intérieur du château ? Quelques foyers de cheminées et murs de refend, l'oratoire voûté, la salle aux graffiti. L'escalier à vis de la haute tour est détruit.
- Les travaux continuent-ils ? Non. Le chantier a duré une quarantaine d'années, d'abord avec les Barillé, puis avec les propriétaires suivants et le même maçon employé à plein temps pendant vingt-cinq ans. Il est aujourd'hui arrêté. Ce qui a été fait relève de la consolidation, jamais de la reconstruction.
- Pourquoi la voûte de la salle des cartes est-elle grise ? La fumée de la cheminée.
Annexe D — Réserve d'anecdotes (pour allonger ou répondre)
- Le donjon de 1150. Fondé sur une petite motte calcaire, il était divisé en quatre ou cinq étages de planchers : réserve au premier, logis du seigneur au deuxième, défense au-dessus. On y entrait au premier étage par une échelle, puis par un pont de bois depuis le chemin de ronde. Les rares ouvertures étaient des archères et des bretèches.
- Le parallèle avec Chenonceau. Thomas Bohier a lui aussi gardé un morceau du vieux château : la tour des Marques, encore debout devant Chenonceau. Même réflexe que son frère à la Chapelle-Bellouin.
- Le château fort du XIVe siècle. Au nord-est, deux grosses tours reliées par une courtine et une tour de guet octogonale abritant l'escalier à vis ; au nord-ouest, un rempart couronné d'un chemin de ronde porté par deux arcs ; une échauguette à l'ouest, une tour carrée à l'est. Le logis seigneurial s'appuyait sur le mur nord-ouest.
- La demeure des Bohier. Un imposant corps de logis, flanqué d'un escalier à l'angle nord, reprend la structure et l'enveloppe du château fort : croisées à meneaux et lucarnes richement décorées côté jardin, ouvrant sur une coursière ; grandes fenêtres au nord-ouest. Le donjon-châtelet reçoit ses voûtes à caissons et un haut toit d'ardoise à quatre pentes, couronné de deux cheminées. Après 1711 et l'abandon, c'est ce logis Renaissance qui a le plus servi de carrière : il n'en reste que des foyers de cheminées et des murs de refend.
- Les apports de Sourdis. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, il fait paysager la cour, la borde d'une galerie portant une terrasse d'agrément, couvre le puits d'un édicule, comble l'ancien fossé entre donjon et haute cour et y installe les annexes de la cuisine.
- La quasi-absence de Richelieu. Louis XIII avait érigé la terre de Richelieu en duché-pairie ; la Chapelle-Bellouin, à douze kilomètres, était « un beau fleuron à ajouter à sa couronne ducale ».
- La famille Sourdis après Jehan. François, gouverneur de Chartres, oncle et père adoptif de Gabrielle d'Estrées ; Charles, gouverneur de l'Orléanais ; Henri, archevêque de Bordeaux et chef du conseil de la marine sous Richelieu.
- Louise de Savoie, mère de François Ier, appelait les financiers « d'inextricables sacrificateurs des finances ».
- Les voûtes de 1711. Les deux tours médiévales et les cheminées des cuisines s'écroulent sur les toits et les planchers de la demeure des Bohier ; les galeries et l'escalier extérieur suivent. Seules les voûtes à caissons du châtelet, fondées sur les murs épais du donjon, tiennent.
- Les Barillé au travail. Ils vivaient dans une partie du long bâtiment. Le chapitre du livre les décrit hissant à deux une poutre de deux tonnes sans engin, et « respectant trop les ruines pour les dénaturer ».
- Le guide habituel des visites d'été est un maçon qui restaure le château depuis plus de trente-cinq ans (flyer).
Annexe E — Sources du dossier et points de vigilance
Sources utilisées, toutes dans documents/ : visite_guidee.docx (itinéraire et consignes), histoire.docx et les panneaux « Histoire » et « Architecture 1 à 3 » (histoire.jpg, architecture_1_sur_3.jpg à _3_sur_3.jpg), flyer_lcb.pdf, a_propos.docx, formulaire DIRECCTE 2019 (parties ouvertes au public). S'y ajoute le chapitre 6 du livre scanné (dossier livre/, un fichier par page, pages 89 à 102).
Points où les sources divergent ou demandent prudence :
- Fondateur du donjon : le panneau Architecture dit « début du XIIe sous Foulques V d'Anjou », la fiche Histoire dit « milieu du XIIe sur ordre de Geoffroy Plantagenêt ». Le texte reste volontairement vague (« les comtes d'Anjou, peut-être Geoffroy Plantagenêt »).
- Épaisseur des murs du donjon : 1,8 m à la base selon le panneau Architecture, 2,50 m selon le livre. Le texte dit « plus de deux mètres ».
- Datation du château fort : le panneau Architecture (phasage 2014) propose « 1340-1345 » ; la fiche Visite guidée parle d'un château « du XVe réaménagé au début du XVIe » ; le livre ne date pas les ruines et juge leurs étapes de construction difficiles à identifier. Le texte dit « XIVe siècle », sans date précise.
- Les trois lettres des caissons : la fiche Visite guidée écrit « on peut y lire un "O", un "S" et un "T" entrelacés. L'ost est le tour de garde que les vassaux devaient à leur seigneur. Cette décoration est certainement là pour indiquer la fonction de ces salles ». Trois réserves : l'ost désigne le service armé, l'obligation de rejoindre le seigneur en campagne, plutôt que le tour de garde (le guet ou l'estage) ; c'est une institution féodale en net déclin dans les années 1530, peu probable comme motif d'apparat chez un homme de cour fraîchement fait comte ; et les lettres étant entrelacées et centrées, sans ordre de lecture, « ost » n'est qu'un arrangement possible parmi six. Un chiffre (monogramme) du couple, format courant à la Renaissance, est au moins aussi vraisemblable, d'autant que la fiche note qu'à l'étage les sculptures représentent Jehan Escoubleau et son épouse. Aucune photo du dossier ne montre ces caissons : les deux lectures sont donc données côte à côte, sans trancher.
- Jehan Escoubleau de Sourdis à Pavie : l'épisode vient de la fiche Histoire et du panneau du même nom, qui écrivent que « son éloge funèbre indique qu'il lui a sauvé la vie lors de la bataille de Pavie ». C'est donc une affirmation de l'épitaphe, rapportée comme telle dans le texte (« son éloge funèbre affirme »), et non un fait attesté par ailleurs. Rappel utile si on vous interroge : à Pavie, en 1525, François Ier fut battu et fait prisonnier. Le titre retenu est « maître de la garde-robe », donné par la fiche Histoire et par le livre (p. 92, qui ajoute « une modeste famille noble de la région de Thouars ») ; aucune source du dossier ne le dit page du roi ni ne mentionne d'autres campagnes d'Italie.
- Glacis et meurtrières des tours : aucun document du dossier ne les commente ; le paragraphe optionnel de l'étape 2 repose sur l'observation directe (pied évasé et fentes basses bien visibles depuis la douve) et sur les fonctions classiques d'un glacis. Des trois fonctions couramment citées, l'épaississement contre la sape et le bélier et l'impossibilité d'appuyer une échelle sont les mieux établies ; le ricochet des projectiles est traditionnel mais discuté, d'où « on dit aussi que ». Le panneau Architecture ne mentionne d'archères que pour le donjon du XIIe.
- Perte du domaine par Henri Bohier : le livre (p. 92) ne tranche pas et demande « Henri Bohier a-t-il dû vendre la Chapelle-Bellouin pour acquitter cette amende, ou son domaine a-t-il été confisqué par le roi, comme il l'a fait à Azay-le-Rideau à Gilles Berthelot ? ». La fiche Histoire affirme la confiscation par François Ier en 1529. Le texte dit « passe au roi », qui couvre les deux hypothèses. Le reste du paragraphe optionnel (Semblançay pendu à Montfaucon en 1527, Bohier arrêté en 1529, condamné à mort puis gracié, amende de 200 000 livres) est textuel dans le livre, p. 91-92, ainsi que le motif : « l'excès de leur puissance, leur confusion des ressources publiques et personnelles ».
- Arasement du donjon : le panneau Architecture le place au XIVe siècle, avant la construction du château fort (« Le donjon probablement ruiné dans sa partie haute est étêté et ramené à une hauteur estimée à une quinzaine de mètres. Il devient le châtelet d'entrée au château féodal »), et n'attribue au XVIe que le remaniement intérieur (voûtes, refends, fenêtres à meneaux, haute couverture d'ardoise). Le livre (p. 94) l'attribue au contraire à la Renaissance, en reprenant une hypothèse de Jean Barillé : « l'architecte d'Henri Bohier a utilisé le gros œuvre d'un donjon préexistant, en l'arasant et en l'adaptant au goût du jour ». Le texte suit le panneau, plus récent (phasage 2014) et seul à proposer une cause (sommet déjà ruiné), mais dit « sans doute étêté » pour ne pas trancher.
- Deux « logis » : les sources appellent « logis » tantôt la demeure seigneuriale de la haute cour (les ruines : château fort du XIVe transformé par les Bohier), tantôt le bâtiment de 60 m de la basse-cour. Le texte réserve « château » ou « demeure des Bohier » aux ruines, et « long bâtiment » au bâtiment habité.
- Constructeur du long bâtiment : le livre (p. 99) écrit qu'il « paraît quelque peu postérieur à la rénovation du château lui-même » et que « on peut supposer qu'elle est l'œuvre des Estoubleau » (les Escoubleau de Sourdis), en expliquant que ces seigneurs terriens préféraient une demeure confortable à l'apparat de la vieille forteresse. Le panneau Architecture le fait au contraire commencer sous Henri Bohier (« un important corps de bâtiment sur 3 niveaux est bâti à l'emplacement des tours d'entrée à l'Ouest ») puis prolonger sous Sourdis (« le corps de bâtiment Ouest est prolongé »). Les fiches Visite guidée et À propos ne disent rien de son auteur. Comme le livre lui-même n'avance qu'une supposition, le texte n'attribue le bâtiment à personne dans l'accroche et l'étape 1, et dit seulement à l'étape 5 qu'« on l'attribue le plus souvent aux Sourdis ».
- Henriette d'Entragues : la fiche interne dit « dix jours après » la mort de Gabrielle d'Estrées. La promesse de mariage écrite d'Henri IV est datée du 1er octobre 1599, soit environ six mois après. Le texte dit « quelques mois plus tard ».
- Sacre d'Henri IV : la fiche interne dit qu'un Sourdis a couronné le roi à Chartres. Le sacre de 1594 a été célébré par l'évêque de Chartres Nicolas de Thou ; la phrase n'a pas été reprise.
- « Premier exemple en France » : formule du flyer, reprise avec « considérée comme ».
- Ruine de 1711 : une version de la fiche Histoire dit simplement « les bâtiments ont alors été ruinés » (après 1637), l'autre version et le panneau Architecture attribuent la ruine au séisme du 6 octobre 1711. Le texte suit la version détaillée.
- Visite « entièrement en extérieur » : c'était la consigne affichée en septembre 2020. Si l'intérieur du châtelet n'est pas ouvert cette année, l'étape 4 peut se donner depuis le pont-levis en montrant les caissons du couloir depuis l'entrée.